La coroner Denyse Langelier s’exprime à ce sujet dans son rapport sur le décès d’un enfant de 11 mois survenu en août 2016 à Saint-Jérôme. Après avoir changé sa routine matinale, le père avait malheureusement oublié le bambin dans son siège d’auto toute la journée.

Dans son rapport, Me Langelier conclut à un décès accidentel et le pauvre papa n’avait d’ailleurs pas été accusé dans cette affaire grandement médiatisée. Elle n’en déplore pas moins l’absence de règles qui contraindraient les constructeurs automobiles à prévoir un dispositif de sécurité pour prévenir un tel drame.

Ironie du sort : son intervention survient deux semaines après le décès d’un autre enfant à Montréal, dans des circonstances analogues…

La coroner rappelle que plusieurs dispositifs du genre existent sur le marché, qu’il s’agisse de capteurs sur le siège de bébé, de miroirs ou de caméras permettant de détecter la présence discrète d’un enfant dans la voiture.

Le magazine web Fatherly, publié aux États-Unis où 37 enfants mourraient chaque année après avoir été laissés seuls dans une voiture en pleine chaleur, présentait récemment une liste de huit systèmes de détection. Certains consistent en une application mobile, dont une est offerte gratuitement par l’organisme Kars4Kids. D’autres gadgets sous diverses formes sont disponibles pour moins de 100 $.

La coroner Langelier cite même l’invention de deux jeunes Québécoises, Marie-Pier et Sophie Vermette-Lacroix, qui se sont démarquées lors de la finale canadienne d’Expo-Sciences, l’an dernier, avec un ingénieux dispositif d’alerte baptisé Attention : bébé à bord. Si celui-ci n’a pas (encore?) été commercialisé, il a tout de même contribué à sensibiliser le public à cet enjeu de prévention.

Certains constructeurs automobiles commencent aussi à proposer des solutions, comme le signale la coroner. C’est le cas de GM avec une quinzaine de modèles (dont les Chevrolet Acadia, Chevrolet Malibu, Chevrolet Cruze, GMC Canyon, GMC Sierra et des modèles Cadillac) qui offrent de série un tel dispositif intégré à l’ordinateur de bord.

Celui-ci agit de la même façon que le signal du tableau de bord indiquant que les phares sont allumés ou que le coffre est mal fermé. Au moment où l’on éteint le moteur, un avertissement apparaît (en plus d’un signal sonore) si une porte arrière a été ouverte jusqu’à dix minutes après le précédent démarrage.

Une façon de dire : Hey! Regarde donc si tu n’oublierais pas quelque chose à l’arrière…!

HeapMedia487198

Dans son rapport, la coroner Langelier explique avoir communiqué avec Transport Canada pour connaître sa position sur ces systèmes de détection. Elle prend soin de citer certaines des réponses obtenues.

« Après examen, il a été déterminé qu’aucun capteur n’était suffisamment efficace pour détecter les enfants laissés sans surveillance dans un véhicule », a répondu le ministère. Concernant la solution de GM, Transport Canada explique qu’il n’existe « aucune preuve de son efficacité dans la prévention des accidents associés à des enfants laissés sans surveillance ».

Tout en affirmant continuer à suivre les percées technologiques dans ce domaine, « afin de déterminer s’il serait pertinent d’établir un règlement », Transport Canada conclut qu’une « solution à ce problème pourrait être une sensibilisation accrue ».

Répondant aux questions d’autofocus.ca à ce sujet, un porte-parole du ministère a réitéré ces arguments, saluant au passage l’initiative des deux jeunes Québécoises. « Nous prenons note du dispositif qu’elles ont conçu », écrit-il.

Par ailleurs, il rappelle que la sécurité des véhicules « est une responsabilité partagée entre le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux, les propriétaires de véhicules et les conducteurs ». Également, la Sûreté du Québec, comme les autres services policiers provinciaux et municipaux, « veille à l’application de la loi concernant les enfants laissés dans un véhicule », ajoute le porte-parole de Transport Canada.

« J’ose croire qu’il sera possible dans un avenir rapproché d’installer dans les véhicules un outil passif d’alerte pour prévenir l’oubli d’un enfant », conclut pour sa part Me Denyse Langelier dans son rapport. Entre-temps, elle suggère aux parents de trouver le dispositif ou le moyen le plus approprié à leurs besoins.

En entrevue à Radio-Canada, la coroner s’est cependant montrée plus incisive à l’égard de l’inaction des autorités gouvernementales. Elle a rappelé que, de nos jours, les véhicules sont dotés de multiples fonctions, comme le freinage automatique si un obstacle se présente.

« Moi, dans ma voiture, chaque fois que j’éteins le moteur, ça me dit de ne pas oublier mon cellulaire. Chaque fois que je vois ça, je pense au petit bébé », a-t-elle confié à Radio-Canada. Dans ce contexte, elle comprend mal que le Canada n’ait toujours pas édicté de normes de prévention pour éviter les drames de bébés oubliés. «Ça n’a pas de bon sens qu’en 2018, il n’y ait rien qui se fasse ! »