L’édifice, qui est connu sous le nom Michigan Central Station, a ouvert ses portes le 4 janvier 1914, quelques mois avant que ne soient lancées les hostilités du premier grand conflit mondial. Dès le début de cette guerre qui faisait rage en Europe, la station voyait quelque 200 trains y faire un arrêt sur une base quotidienne.

Jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la gare sera plutôt achalandée. Avec le boom économique d’après-guerre et le désir de tous de posséder une automobile, un agonisant déclin s’est amorcé pour la Michigan Central Station. En 1971, la compagnie ferroviaire Amtrak en devenait propriétaire.

Le sursis qu’elle va lui octroyer sera de courte durée ; le dernier train du transporteur va sortir de la station le 6 janvier 1988, environ trois quarts de siècle après son ouverture.

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Abandonnée depuis une trentaine d’années, la vieille gare a vu son état se détériorer au fil du temps et un projet de démolition voté par le conseil municipal en 2009 a failli la transformer en amas de débris. Le projet a heureusement été bloqué, mais l’édifice est demeuré délabré.

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Au moment où la crise économique frappait durement l’Amérique du Nord et plus particulièrement la ville de Détroit, le monument représentait la chute de la ville de l’automobile.

En 10 ans, il s’en est passé des choses et l’industrie américaine est aujourd’hui en bien meilleure posture qu’elle ne l’était. La ville de Détroit, elle aussi, connaît de meilleurs jours et voit certains de ses quartiers renaître.

L’annonce d’aujourd’hui vient confirmer cette tendance. En se portant acquéreur de la vieille Michigan Central Station, Ford ne pose pas seulement un geste symbolique ; elle investit dans l’avenir de la ville et également dans le sien.

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Les plans dévoilés ce matin concernant le sort que l’on réserve à l’immeuble prouvent hors de tout doute qu’on regarde loin devant.

L’édifice, qui offre une superficie de 500 000 pieds carrés, est situé dans le plus vieux quartier de Détroit, Corktown. C’est l’un des plus pauvres, aussi.

Bill Ford, qui fut le premier à prendre la parole lors de la conférence de presse visant à informer le public sur les plans de l’entreprise, a exprimé à quel point l’achat de ce lieu et sa rénovation prévue étaient des gestes qui lui rappelaient ceux posés par son arrière grand-père, Henry Ford, il y a plus de 100 ans.

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Tant lui que Bill Hackett, l’actuel chef de la direction de Ford, ont établi des parallèles avec la naissance de l’usine Rouge le siècle dernier et le rôle que jouera la gare de train au cours des 100 prochaines années.

Si la motivation il y a 100 ans était la fabrication de voitures, elle est aujourd’hui toujours axée sur cette raison d’être, mais avec un élément de plus qui devient central lorsqu’on porte un regard sur l’avenir : la mobilité.

En fait, les nouveaux bureaux que Ford compte ouvrir d’ici quelques années seront consacrés à cette thématique. On parle bien sûr de véhicules à conduite autonome, mais aussi de tout ce qui est relié aux infrastructures intelligentes, que ce soit une autoroute, un stationnement, les feux de circulation d’une intersection, etc.

Ford veut être le chef de file dans le domaine et souhaite contribuer activement à cette façon de voir les transports qui est à nos portes.

L’achat de la vieille gare est un pas majeur en ce sens.

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On n’a pas parlé d’argent lors de la conférence de presse et la famille Maroun qui a vendu l’édifice s’est montrée discrète à cet égard. Ce que l’on sait, c’est qu’une fois le projet complété, des millions auront été investis pour transformer les lieux en milieu de travail et de vie. Au-delà des bureaux de Ford qui accueilleront quelque 2500 employés, on retrouvera au rez-de-chaussée des restaurants, des boutiques, etc.

Ce n’est pas que l’avenir du transport qui est en jeu avec cette acquisition ; c’est aussi un énorme pas dans la bonne direction pour la pérennité d’une ville.

Ça, c’est assurément la plus grande nouvelle de la journée.