Le plus récent rapport de la Fondation de recherche sur les blessures de la route (Traffic Injury Research Foundation ou TIRF) se penche sur les décès sur nos routes liés à la distraction au volant entre 2000 et 2015.

Retour sur cinq faits intéressants, surprenants… ou évidents.

Surprise: selon le rapport du TIRF publié le 13 septembre, le nombre de décès liés à la distraction au volant est demeuré plus ou moins constant entre 2000 et 2015:

  • celui-ci était de 353 en 2000;
  • puis il a diminué légèrement à 282 en 2009;
  • il est remonté à 347 en 2012;
  • il est par la suite redescendu à 270 en 2014;
  • avant de finalement remonter à 344 décès en 2015.

Il y a toutefois un élément intéressant, pour ne pas dire inquiétant qui ressort de ces données: si le nombre de décès causés par la distraction au volant est resté plus ou moins stable durant cette période, le nombre de décès non liés à des conducteurs distraits, lui, a subi une diminution nette entre 2000 et 2015.

Ainsi, en 2000, il y a eu 1814 décès sur nos routes, contre seulement 991 en 2015, soit une diminution de près de 50%.

Donc, la proportion de décès liés à la distraction au volant par rapport à tous les cas de collisions mortelles a augmenté durant la période observée, passant de 16,3% en 2000 à 25,1% en 2015. Autrement dit, la distraction au volant représente désormais un peu plus du quart des victimes de la route.

Comme l’indique le rapport en introduction, dans certaines provinces et territoires canadiens, le nombre de décès liés à la distraction a même dépassé le nombre de décès causés par l’alcool au volant!

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La question démographique, qui ne vise que les données colligées pour la période 2011-2015, aborde plusieurs aspects. Commençons en termes d’âge: la catégorie d’âge où les conducteurs distraits sont les plus représentés est… celle des 35-44 ans!

En effet, les 35-44 ans représentent la catégorie comprenant le plus de conducteurs distraits impliqués dans une collision mortelle (17,3%), suivis de très près par le groupe des 16-19 ans (17,1%).

Derrière eux, on trouve les 65 ans et plus (16%). En queue de peloton, on trouve les 55-64 ans, avec 10,2% des conducteurs distraits.

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Il faut toutefois noter que la catégorie des 35-44 ans comprend un écart d’âge de près de 10 ans et représente un nombre total de conducteurs beaucoup plus grand que celle des 16-19 ans, alors qu’il n’y a que 0,2% d’écart entre le nombre de conducteurs distraits entre ces deux tranches d’âge.

De plus, les conducteurs de 16-19 ans sont probablement plus enclins à être distraits en raison de leur inexpérience, alors que chez ceux de 65 ans et plus, il se peut que la proportion soit en lien avec les capacités cognitives, comme l’indiquent les auteurs de l’étude.

En termes de sexe, 12,8% des conducteurs décédés étaient distraits comparativement à 18,6% des conductrices.

Toutefois, tel qu’indiqué dans la conclusion du rapport: «Comme un plus grand nombre de conducteurs décédés de sexe masculin ont obtenu un résultat positif au test d’alcoolémie, il est possible que la distraction n’ait pas été indiquée comme ayant joué un rôle dans la collision lorsque les facultés affaiblies par l’alcool étaient aussi en jeu».

Maintenant, si l’on regarde du côté des victimes, on peut les diviser en trois catégories:

  • la première constitue celle où le conducteur distrait est également victime;
  • dans la seconde catégorie, on retrouve les situations où la victime n’est pas le conducteur distrait ayant causé l’accident — qu’il s’agisse du conducteur de l’autre véhicule, des passagers de l’un ou l’autre des véhicules ou des piétons.
  • dans la dernière catégorie (appelée «non déterminé»), on ne peut dire lequel des conducteurs était distrait ou laquelle des personnes présentes dans le véhicule était le conducteur distrait.

Et c’est là où le bât blesse.

Pour la quasi-totalité des décès causés par la distraction au volant entre 2000 et 2015, le décès était causé par… l’autre conducteur.

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En 2000, 153 des victimes de collisions mortelles n’étaient pas le conducteur distrait lui-même, contre 101 où le conducteur distrait était également la victime. En 2015, soit 15 ans plus tard, les chiffres sont toujours aussi effarants: 179 des victimes de collisions mortelles n’étaient pas le conducteur distrait lui-même, contre 123 où le conducteur distrait était également la victime.

Pour la troisième catégorie dite «non déterminé», le nombre est passé de 99 en 2000 à 42 en 2015. Toutefois, selon les auteurs, cette diminution pourrait s’expliquer par le fait que «les données disponibles sur le rôle de la distraction selon le type de conducteur sont devenues plus complètes dans les dernières années».

Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer de prime abord, le moment de la journée où le plus d’accidents mortels liés à la distraction au volant ont lieu est… entre 15h et 17h59.

Durant cette période, pour la période 2011-2015, 355 personnes ont perdu la vie en raison de la distraction au volant. À l’inverse, les périodes où on retrouve le plus petit nombre de victimes liées à la distraction sur la route sont celles entre 3h et 5h59 et entre minuit et 2h59.

C’est à première vue contre-intuitif, mais lorsque l’on y réfléchit, il y a une certaine logique: les périodes où il y a le plus d’accidents mortels liés à la distraction au volant sont également les périodes où la conduite peut sembler la plus routinière, c’est-à-dire en revenant du travail, lorsqu’il fait clair et/ou que la chaussée est sèche.

A contrario, lorsque les conditions sont plus difficiles, on peut imaginer que les conducteurs portent d’avantage attention à leur environnement — en somme, ils sont moins distraits — et cela contribue à diminuer les collisions fatales liées à la distraction.

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Un autre élément qui peut venir expliquer ces données serait la variable «travail». Selon les conclusions de l’enquête, les «conducteurs sont probablement plus susceptibles d’être distraits par d’autres priorités durant les heures de travail qu’à d’autres moments».

En effet, plus de gens sont présents sur les routes à l’heure de pointe du soir, ce qui augmente le risque de collision, et la distraction peut émaner du fait que le «travail» n’est pas toujours terminé lorsqu’on quitte le bureau: aller chercher les enfants, passer à l’épicerie, faire le souper, aider aux devoirs, faire la lessive… et j’en passe.

De plus, durant les périodes entre minuit et 5h59, le nombre de collisions mortelles causées par un autre facteur — par exemple, l’alcool au volant — est plus grand, ce qui peut faire en sorte que la distraction n’ait pas été considérée comme une variable notable.

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Ce sont les conducteurs de fourgonnettes qui ont le plus de risque d’être distraits au volant, avec 20% d’entre eux qui l’étaient lors d’un accident mortel où ils sont décédés.

À l’opposé, et sans surprise, les motocyclistes représentent la catégorie la moins distraite lors d’une collision mortelle, avec 10,2%.

Les voitures, véhicules commerciaux et camions légers se trouvent tous plus ou moins au même niveau, oscillant entre 14% et 15%.

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En termes de nombres de personnes présentes dans le véhicule lors d’un accident, le chiffre où les statistiques sont les moins reluisantes est «trois».

En effet, ce sont les véhicules comptant à leur bord trois occupants qui sont les plus souvent (27,1%) impliqués dans une collision liée à la distraction au volant.

Chez les conducteurs qui sont seuls dans leur véhicule, ce nombre baisse à 21% et… c’est chez ceux qui ceux cinq occupants et plus que le pourcentage est le plus bas (19,8%).

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En conclusion de leur rapport, les auteurs écrivent que «les collisions causées par la distraction au volant présentent des caractéristiques différentes de celles des autres types de collision»: elles n’ont pas lieu au même moment de la journée, pas les même jours, présentent des caractéristiques démographiques différentes… que si l’on compare avec l’alcool au volant, par exemple.

Ainsi, «les opérations policières et les activités de sensibilisation visant à lutter contre la distraction au volant doivent être adaptées au groupe ciblé en tenant compte de ces caractéristiques».

C’est en toute connaissance de cause que l’on peut mettre sur pied les programmes les plus efficaces – et de répartir les ressources là où elles auront le plus d’impacts.