Il s’agit du Drug Test 5000 fabriqué par Dräger, une firme allemande spécialisée dans les technologies médicales et de sécurité. L’appareil, déjà utilisé dans d’autres pays tels que la Norvège et l’Australie de même qu’en Californie, permet de détecter la présence de THC, l’élément actif du cannabis, dans l’organisme d’une personne. D’autres types de drogue, comme la cocaïne et les métamphétamines, peuvent aussi être dépistés.

Comme c’est le cas pour l’alcool au volant, l’appareil peut être utilisé en bordure de route lorsqu’un policier a des motifs raisonnables de soupçonner que le conducteur a les facultés affaiblies par la drogue. Si le résultat est positif, la personne est amenée au poste pour être évaluée par un policier expert en reconnaissance de drogue (ERD) et pour éventuellement fournir un échantillon de sang.

Le Drug Test 5000 a été approuvé par la ministre de la Justice Jody Wilson Raybould à la suite de la recommandation du Comité drogues au volant de la Société canadienne des sciences judiciaires, formé de spécialistes indépendants bénévoles qui ont évalué l’appareil.

S’il s’agit pour l’instant du seul appareil à échantillonnage de liquide buccal approuvé au Canada, d’autres pourraient l’être éventuellement.

Cela dit, les services policiers n’ont aucune obligation de l’utiliser. Il s’agit simplement d’un «outil supplémentaire» pour faciliter les enquêtes sur la conduite avec facultés affaiblies par les drogues.

Jusqu’à présent, les patrouilleurs devaient se contenter de faire passer des tests de coordination de mouvements au conducteur soupçonné d’être sous l’influence de drogue. Et en cas d’échec, celui-ci était conduit au poste pour une évaluation plus poussée par un ERD.

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Selon la compagnie Dräger, le Drug Test 5000 est d’utilisation facile et peut afficher un résultat en 15 minutes seulement (voir cette vidéo). Il est en outre conçu pour être utilisé dans toutes sortes de conditions. Par contre, selon les spécifications du fabricant sur son site web, l’appareil «est utilisable entre 4 et 40 degrés», ce qui semble loin de la réalité des hivers québécois!

D’ailleurs, plusieurs juristes ont confirmé au quotidien La Presse sa fiabilité sera sans doute contestée devant les tribunaux. On évoque notamment des études ayant constaté un taux de «faux positifs» allant jusqu’à 14,5%, ce qui risque de mener à des arrestations arbitraires, craignent des avocats.

En revanche, Dräger affirme qu’une étude menée en Californie concluait à un taux d’efficacité de 98 %… Qui dit vrai?

La sensibilité du Drug Test 5000 serait en outre plus élevée auprès des consommateurs réguliers de cannabis, détectant le THC jusqu’à 30 heures après la consommation, soit bien au-delà de la période où cette drogue peut avoir un impact sur la conduite automobile.

A ce sujet, une porte-parole du ministère fédéral de la Justice, Celia Canon, souligne que le taux de faux résultats du Drug Test 5000 respecte les normes édictées par le Comité drogues au volant.

Quant à la difficulté d’utiliser l’appareil par temps froid, elle rappelle qu’il en est de même pour les équipements de détection de l’alcool. «Et la formation des policiers en tient compte», assure Celia Canon. En ce sens, un patrouilleur ne fera sans doute pas passer ce test en bordure de route par moins 30 degrés!

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Est-ce que les services de police se rueront maintenant sur le Drug Test 5000 maintenant qu’il a obtenu l’approbation du fédéral? Rien ne l’indique pour l’instant. D’autant plus qu’à 5000 $ l’unité, il s’agit d’un appareil relativement dispendieux si on veut en déployer largement l’utilisation.

Alors que la GRC aurait déjà prévu en acquérir quelques-uns à des fins de formation de ses agents, aucune décision en ce sens n’a encore été prise à la Sûreté du Québec.

«L’approbation de cet équipement est encore récente», souligne la porte-parole Joyce Kemp. La SQ envisage tout de même la possibilité de se doter d’un tel outil, qu’il s’agisse de celui proposé par Dräger ou un autre qui serait approuvé dans le futur.

Joyce Kemp rappelle qu’un équipement de ce genre n’est pas essentiel: «90 % de nos policiers sont déjà formés pour les tests de coordination de mouvements en rapport avec la consommation de drogue», dit-elle.

Au Service de police de Montréal, on explique que, pour l’instant, des tests sont effectués par les services policiers afin de recommander l’appareil le plus efficace possible. «Le ministère de la Sécurité publique du Québec entend proposer un appareil normalisé à l’ensemble des corps de police», ajoute-t-on à la Division des communications.