Cette étude anglaise, menée par les professeurs Scott A. Cohen et Debbie Hopkins, cherche à imaginer l’avenir possible du tourisme urbain avec l’émergence et la généralisation des véhicules 100% autonomes. Pourquoi cette étude a-t-elle généré autant de publicité? Parce que les auteurs imaginent un avenir autonome où la prostitution serait… « en mouvement ».

Les « hôtels payés à l’heure » « sont susceptibles d’être remplacés par des CAVs [véhicules connectés et autonomes] et ceci aura des implications pour le tourisme urbain, puisque le sexe joue un rôle central dans de nombreuses expériences touristiques », peut-on lire dans l’étude, intitulée Autonomous vehicles and the future of urban tourism (Véhicules autonomes et l’avenir du tourisme urbain).

À partir de là, « il ne s’agit que d’un petit pas pour imaginer le Red Light d’Amsterdam ‘en mouvement’ », indiquent les auteurs.

Dans cet article, les deux professeurs ne partent pas de la prémisse que les voitures autonomes sont fondamentalement « bonnes » ou « mauvaises », mais plutôt qu’elle marquent un changement de paradigme dans la manière de concevoir, certes, la mobilité, mais également le tourisme.

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Ainsi, l’étude porte sur les impacts sociétaux de l’atteinte généralisée de l’automatisation de niveau 5, c’est-à-dire des véhicules ayant atteint le plus haut niveau d’automatisation possible. Parmi les sujets abordés par les auteurs, on compte, notamment, les taxis autonomes et les pertes d’emploi encourues, les impacts des voitures autonomes sur les voyages organisés en autobus ou encore sur les hôtels en bordure des autoroutes… et bien sûr, sur l’« économie de la nuit ».

Alors que les constructeurs automobiles — Nissan, Volvo — et les nouveaux joueurs sur le marché — Uber, Apple — prédisent l’arrivée des premiers modèles viables de voitures autonomes sur le marché pour 2020 et que certaines études prévoient les débuts de la commercialisation de masse dès 2025, les auteurs cherchent à apporter une perspective de sciences sociales à un domaine qui a été dominé principalement par des études d’ordre technique ou technologique.

En d’autres mots: quels sont les impacts sociaux et sociétaux possibles, positifs et négatifs, de l’arrivée des véhicules 100% autonomes sur le marché du tourisme urbain?

Il s’agit-là d’un angle qui n’a que très peu été défriché, et cette étude agit quelque peu à titre de plateforme de lancement à partir de laquelle d’autres auteurs pourront évaluer de manière plus spécifique — à un pays, à un contexte, à une branche d’activité — les impacts de la commercialisation de masse des véhicules autonomes de niveau 5.

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Par exemple, nous pourrions nous demander: quels impacts cela aurait-il sur le tourisme à Montréal, par exemple en hiver? Cela pourrait-il faciliter la visite des villes environnantes, ou encore l’atteinte des montagnes de ski, sans que les touristes n’aient pour autant à louer des véhicules et conduire dans la neige et sur la glace?

Les véhicules autonomes favoriseraient-ils le tourisme dans des régions plus éloignées, comme la Côte-Nord, la Gaspésie ou l’Abitibi-Témiscamingue, si les voyageurs ont la possibilité de dormir dans la voiture alors qu’elle accumule les kilomètres?

La voiture autonome est à nos portes; il importe donc de ce poser sérieusement ce type de questions.